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Les problèmes monétaires au Moyen Âge
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Ce mémoire
de DEA porte sur les Problèmes monétaires au Moyen Âge
et a été rédigé en 1997, lors d'un séminaire
de recherche animé par André Orléan sur les Dynamiques
collectives, au Centre de Recherche d'Epistémologie Appliquée
de l'Ecole Polytechnique (CREA). A travers ce mémoire, j'ai essentiellement voulu démontrer que la monnaie métallique du Moyen Âge, bien que représentée par un support matériel, n'en reste pas moins une monnaie fiduciaire qui suppose au préalable pour pouvoir circuler dans de bonnes conditions, sa reconnaissance par les agents économiques. En cela, la monnaie apparaît bien comme la résultante d'un ensemble de croyances, elle est donc une représentation sociale. La matérialité de la pièce de monnaie médiévale ne doit pas faire oublier, qu'elle est conditionnée par un réseau de croyances interindividuelles. Par conséquent, la monnaie électronique d'Internet, n'est pas plus immatérielle que la pièce sonnante et trébuchante du Moyen Âge, si l'on considère l'immatérialisation comme un processus d'abstraction. Comme me le faisait remarquer Robert Boyer, lors de la soutenance, le problème de l'abstrait n'est pas lié à la matérialité. Il est faux de croire, qu'un processus de dématérialisation ou de numérisation est abstrait du fait même qu'il induit la disparition matérielle d'objets concrets. On peut prendre le contre-exemple des symboles religieux, qui bien que représentés certaines fois sous une forme matérielle, n'en restent pas moins porteurs d'une signification spirituelle très forte. A contrario, je peux dématérialiser mes souvenirs de vacances, sous un format numérique, pour autant peut-on les considérer sérieusement comme abstraits et porteurs de sens ? En définitive,
le denier du Moyen Âge et les systèmes de paiement électroniques
actuels exigent tous deux, une confiance sociale pour pouvoir exister.
Cette comparaison historique un peu hâtive à huit cents ans
d'intervalle, semble me donner raison quant à l'essence abstraite
de la monnaie. En simplifiant les difficultés, on peut dire que
la monnaie est l'expression d'une totalité, celle de la société,
sa nature est donc celle d'un objet social abstrait qui traverse les différents
contextes socio-culturels sans être tributaire de ces derniers. Vous trouverez, à la suite de ce petit préambule, l'introduction que j'avais rédigé pour ce mémoire, sa conclusion, ainsi que son sommaire. Benoît
Santiano |
| Introduction
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Notre méthode ne se veut pourtant pas complètement historique, simplement nous "tirons les leçons de l'histoire", pour s'abstraire de la réalité historique sans la travestir par un excès de préconçus. D'où un raisonnement en trois temps. Dans les deux premières parties, mise en perspective historique des problèmes monétaires à travers l'ordre politique et l'ordre économique. Nous énumérons les conditions d'existence de la monnaie métallique du roi, et de la monnaie scripturale ainsi que la lettre de change du marchand-banquier. Ayant entr'aperçu les problèmes monétaires par l'entremise de ces deux dynamiques, nous tenterons de les nouer dans une troisième partie, pour placer la monnaie au cœur de la société, à la fois cause et conséquence des tribulations humaines. Autrement dit, la monnaie mesure un certain degré de rapports de force, et elle est simultanément un instrument de régulation sociale qui transforme ces mêmes rapports de force. Comme le disait Marc Bloch en 1933, les phénomènes monétaires ressemblent à "un sismographe qui, non content de signaler les tremblements de terre, parfois les provoqueraient" (BLOCH Marc, 1933, "Le problème de l'or au Moyen Âge", Annales ESC, t. IV, pp. 1-34). Plus généralement, notre démarche repose sur deux postulats principaux :
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| Conclusion
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Ce qu'il importe de noter, c'est que la monnaie publique est un opérateur du pouvoir, qui pour être efficace doit s'imposer à la société. Cette imposition a dû s'accomplir à l'intérieur du territoire, par le contrôle puis par l'arrêt du monnayage des barons, et à l'extérieur, en luttant contre la spéculation des hommes d'affaires et les effets de la loi de Gresham. Le premier objectif fut atteint, il n'en fut pas de même pour le deuxième. La monnaie publique doit s'imposer car elle n'est pas nécessaire. Il est tout à fait significatif d'observer le développement concomitant de la monnaie publique et du pouvoir royal, comme si les deux étaient imbriqués. Nous soutenons qu'elles le sont. La monnaie publique s'est imposée, elle est donc un acte violent de création. Cette violence a fonctionné, car très vite l'État chercha à détenir le monopole de la violence. Lorsque le prince obtient finalement le monopole de la violence, sa volonté devient par conséquent inopposable, car comment véritablement contester un roi qui détient un pouvoir absolu ? Par le droit de vie et de mort sur les sujets du roi, l'État est en rupture avec la rationalité. Dans les faits, la réalité était moins cruelle et sordide, le "bon" roi avait de la compassion envers son "bon" peuple, mais ce droit était accepté dans ses principes. Deuxième opérateur de l'État : l'impôt. Sans impôt, pas d'État digne de ce nom, mais sans monnaie pas d'impôt efficace, car reposant sur des paiements en nature tout à fait insuffisants pour satisfaire une administration royale en plein essor. D'où la nécessité de monétiser la société en lui imposant la monnaie publique par l'impôt. L'impôt en tant qu'expression de la violence étatique a favorisé la monétisation de la société, car seulement libérable en espèces royales. Soulignons bien, le mot libérable, car tant que l'individu n'avait pas payé son dû, il n'était pas libre, l'État inquisiteur était là, le menaçant dans son existence même. Il fallait se libérer de l'impôt, car sans aller jusqu'à la condamnation à mort, les ennuis sérieux pouvaient commencer. Seule solution : trouver de la monnaie, payer et recouvrer sa liberté, d'où l'usage de la monnaie royale dans l'ensemble de la société. Dans la troisième et dernière partie de ce mémoire, nous avons traité plus spécifiquement de la monnaie métallique du point de vue des mutations monétaires. Grosso modo, on peut dire que les problèmes monétaires se sont complexifiés à partir du milieu du XIIIe siècle par la redécouverte du monnayage de l'or et une diversification de celui de l'argent, conséquence de l'intensification des échanges et donc de l'affirmation du pouvoir des marchands, notamment avec l'apparition de vastes compagnies à l'échelle de l'Europe. D'un régime monométallique, nous sommes passés à un régime trimétallique avec des monnaies en or, en argent, et en billon. Grâce à l'existence d'une monnaie fiduciaire qui était le denier - dont la valeur monétaire était surévaluée par rapport à sa valeur intrinsèque - on a pu procéder non seulement à des mutations réelles, mais aussi à des mutations nominales, qui consistaient en une variation du cours exprimée en deniers des espèces en circulation. L'unité de compte abstraite n'a jamais été inventée au Moyen Âge car cela aurait été un acte créateur totalement redondant avec l'unité de compte réelle qu'était le denier. Du point de vue logique, le système trimétallique pouvait se réduire à un système bimétallique dont la cohérence aurait été assurée par une unité de compte abstraite permettant la comparaison des espèces en fonction de leurs prix de compte. Mais voilà, historiquement les choses ne se sont pas déroulées de cette façon, le denier existant depuis le haut Moyen Âge, circulant et accepté dans toute l'Europe, il n'était point nécessaire de mettre sur pied une unité de compte abstraite. Même si ce prince si machiavélique, n'a pas inventé les mutations nominales, il est certain qu'il s'est servi au-delà du raisonnable des possibilités de ce type de mutation pour modeler la société en fonction de l'image qu'il s'en faisait. Maintenant, si nous ne devions retenir qu'une seule chose des problèmes monétaires du Moyen Âge, c'est l'insuffisance des métaux précieux, qui rendait nécessaire les affaiblissements pour accroître la quantité de monnaie en circulation dans l'économie et éviter qu'elle ne sombre dans l'atonie. Laissons le dernier mot à Jean Favier :
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| Sommaire
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PREMIERE PARTIE - L'AFFIRMATION DU POUVOIR ROYAL
SECONDE PARTIE - L'AFFIRMATION DU POUVOIR MARCHAND
TROISIEME PARTIE - CAUSES ET EFFETS DES MUTATIONS MONETAIRES
CONCLUSION FIGURES ET TABLEAUX BIBLIOGRAPHIE
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