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Synthèse sur
Le travail, une valeur en voie de disparition
de Dominique Méda
L’actuel paradoxe des sociétés fondées sur le travail
Des sociétés sans travail ?
L’invention du travail
Le travail n’est pas épanouissant : les trois logiques de développement du travail
La condamnation logique du travail par Dominique Méda

 

L’actuel paradoxe des sociétés fondées sur le travail

Les sociétés industrialisées se trouvent dans une situation paradoxale : la productivité du travail a considérablement augmenté depuis un siècle, et particulièrement depuis les années 50, on produit toujours plus avec toujours moins de travail. On peut donc envisager un desserrement de la contrainte du travail, pourtant, elle devient de plus en plus importante, les conditions de travail s’aggravant.

Le travail devient indépassable, il doit être au cœur de l’activité humaine. Caractéristiques du travail selon le mouvement de légitimation du travail :

1)      le travail est une catégorie anthropologique (i.e. un invariant de la nature humaine) dont on trouve la trace toujours et partout ;
2)      il permet la réalisation de soi ;
3)      il est le fondement du lien social.

En bref, "le travail est donc ce qui exprime au plus haut point notre humanité"[1].


Des sociétés sans travail ?

Il est faux de penser que le travail soit une catégorie anthropologique centrale, en tout temps et en tout lieu. Le lien social peut s’élaborer dans le travail, mais aussi sous d’autres formes. Ainsi, existent des sociétés tribales ne connaissant pas la notion de travail, et où pourtant subsiste un très puissant lien social.

Les sociétés tribales

Dans ces sociétés, ce n’est pas le travail qui définit le statut et qui détermine le lien social. "Ces sociétés sont structurées par d’autres logiques : elles ont un rapport particulier à l’extériorité (la tradition, la nature, les dieux…) qui détermine les règles sociales et rend celles-ci suffisamment "fortes" pour tenir ensemble la société. Elles n’ont pas besoin d’autres types de régulation"[2].

Le paradigme grec

Dans cette civilisation, le travail est avilissant car il possède une finalité en dehors de lui-même et non pour lui-même. Pour être véritablement libre, il faut se détacher de la nécessité, d’où l’usage des esclaves, qui n’étant pas considérés comme des êtres humains peuvent être réduits à des tâches de pure nécessité. L’homme étant considéré comme un animal rationnel, sa tâche est de développer sa raison qui le fait homme et qui le rend semblable aux dieux.

Le travail n’est pas encore un fait social total

Au final, "à la fin du moyen âge, pas plus qu’en Grèce le travail n’est conçu comme une activité unique englobant tous les métiers, créatrice d’artifice et de valeur sociale"[3]. Bien que le travail ait été valorisé pendant le moyen âge (VIIIe-IXe siècles, valorisation de l’effort productif, qui se manifeste en matière agricole, puis dans la promotion scientifique et intellectuelle des techniques ; XIIe-XIIIe siècles, réduction des métiers illicites et assouplissement de la condamnation de l’usure), le travail reste l’activité qui sauve des plus grands vices et non pas celle destinée à accroître la richesse pour elle-même.


L’invention du travail

Ce sont les économistes qui ont inventé le concept de travail tel que nous le connaissons. Les économistes ont inventé et unifié le terme de travail, c’est-à-dire englobé dans une même catégorie des activités qui jusqu’alors étaient vécues comme "fatigantes".

La définition du travail donnée par les économistes est détachée de ses référents concrets, le travail se définissant extérieurement des activités de travail.

Cette abstraction du travail est nécessaire pour pouvoir mesurer de façon rigoureuse la richesse, et ainsi permettre à l’économie politique de s’élever au rang de science. Le travail est donc un outil conceptuel construit pour mesurer la richesse.

Cette volonté de scientificité va conditionner la définition de la richesse qui elle-même conditionnera la définition du travail.


Le travail n’est pas épanouissant : les trois logiques de développement du travail

Le travail est un moyen au service de la logique capitaliste

"Le travail n’est pas apparu comme une fin, poursuivie pour elle-même par les individus cherchant à se réaliser"[4].

Le travail est dès l’origine un moyen :

1) C’est un moyen en tant que facteur de production permettant de transformer la matière et d’accroître le capital ;
2) C’est un moyen permettant d’aménager la nature et ensuite d’harmoniser le monde.

Le travail est aliénant car sa fin se trouve en dehors de lui-même : "Le capitalisme est porté et accompagné par le développement d’une rationalité instrumentale qui, la fin étant fixée, utilise le travail comme un simple moyen pour atteindre ce but… Le processus de travail est régi, de l’extérieur, par des processus qui n’ont rien à voir avec la libre expression du travailleur"[5].

La subordination, cœur du travail salarié

À la différence du travailleur indépendant, le travailleur salarié est subordonné à son employeur. Le travail étant considéré comme une marchandise, il peut faire l’objet d’un négoce. L’achat de travail par l’employeur a pour conséquence la libre disposition de ce qui a été acheté, c’est-à-dire la subordination du salarié.

Le travail, moyen d’aménager le monde

Le travail est régi par une troisième logique : celle du développement technique. Nous avons un rapport technique au monde car nous pensons qu’il est nécessaire de l’aménager. L’homme s’érige en sujet pleinement conscient, et se constitue face à lui, un monde-objet, privé de vie et d’être, susceptible d’être aménagé, notamment par le travail. L’homme en humanisant le monde se construit en tant qu’homme, cette humanisation de l’homme pouvant procéder par l’intermédiaire du travail.


La condamnation logique du travail par Dominique Méda

Argument majeur de cette condamnation

Le travail ne peut être autonome car il est un moyen en vue d’une fin autre que lui-même, cette fin étant l’augmentation des richesses sous formes de biens produits.

Critique du schéma marxiste

En réexploitant le schéma utopiste, "certains affirment que le travail reste certes aujourd’hui le lieu de l’aliénation, mais qu’un bouleversement des conditions de son exercice pourrait lui rendre enfin sa nature"[6].

On pourrait ainsi rendre le travail conforme à son essence et en faire le véritable lieu de l’autonomie, grâce à l’appropriation des moyens de production par les travailleurs et la fin du salariat, rendues possibles par un très fort développement des forces productives et l’inutilité de fait du travail humain.

Autrement dit, les marxistes imaginent la sortie d’un travail aliénant, par la collectivisation des forces productives, ensuite l’augmentation très importante de la production et donc du travail, pour finalement atteindre un état mythique de surabondance, rendant caduque le travail. Pour ne plus travailler, il faut encore plus travailler dans un projet collectif, permettant d’atteindre l’éden de la surabondance des biens et marchandises.

Selon Méda, la solution d’une autonomisation du travail par la collectivisation des forces productives est une erreur : "le caractère aliénant du travail ne disparaîtrait pas du fait de l’appropriation collective des moyens de production... Qu’elle soit organisée par le marché ou par le Plan, l’extériorité de la production à réaliser est identiquement étrangère aux travailleurs, et l’on ne voit pas pourquoi le vote du Plan, ou encore la réalisation d’un Plan correspondant totalement et exclusivement aux besoins des travailleurs, changeraient le caractère du travail en quoi que ce soit, sauf à s’autopersuader"[7].

Le problème de l’aliénation du travail, n’est pas dans la propriété des moyens de production – le travail appartenant soit aux capitalistes, soit aux forces productives collectives – mais bien dans la nature même du travail qui est extérieur aux travailleurs, car l’efficacité productive reste le but du travail.

Benoît Santiano
Maisons-Alfort, avril 1999



Vous trouverez une fiche de lecture beaucoup plus détaillée à l'adresse suivante : http://www.cnam.fr/lipsor/dso/articles/fiche/meda.html

[1] MEDA Dominique, Le travail, 1995, Aubier, Paris, pp. 17-18.
[2] Id., p. 36.
[3] Id., p. 58.
[4] Id., p. 141.
[5] Id., pp. 142-143.
[6] Id., p. 160.
[7] Id., p. 161.

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