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Synthèse de lecture du rapport Yolin (version 1999)
Ministère de l'économie, des Finances et de l'Industrie

Télécharger le rapport :
http://www.evariste.org/yolin/2004/


Un rapport avec une vision globale de l'Internet
Le modèle économique de l'Internet c'est la pub. Six stratégies se dégagent autour de l'e-pub
Les intermédiaires ne disparaîtront pas, ils vont changer de forme
Dans un monde complexe, il faut du conseil et de la confiance : la règle des deux CONS !
La stratégie gagnante pour promouvoir un site : le softselling
Deux exemples de succès sur l'Internet : les nouveaux intermédiaires marchands et les courtiers en ligne

 

Un rapport avec une vision globale de l'Internet

Le rapport Yolin est d'une très grande richesse. Dans un style incisif, limpide et efficace, il constitue le texte introductif idéal pour obtenir une vision claire des enjeux d'Internet.
Il possède le double avantage d'éviter l'écueil du texte universitaire trop académique et trop conceptuel, ne se confrontant pas à la réalité des faits, et celui de nombreuses éditions qui en "surfant" sur la vague Internet, reste à un niveau de généralité sans aucun apport intellectuel.
J. M. Yolin arrive donc à s'abstraire de la réalité événementielle et économique pour apporter une réelle réflexion pragmatique qui donne aux PME/PMI l'outil indispensable pour appréhender les enjeux multiformes de la "Révolution Internet" : restructuration des entreprises, travail collaboratif, concurrence mondialisée, nouvelle perception de notre environnement et du savoir, etc…

De cette somme on peut en extraire quelques points fondamentaux concernant le commerce électronique.


Le modèle économique de l'Internet c'est la pub. Six stratégies se dégagent autour de l'e-pub


Selon l'auteur, la valeur des sites Internet dépend étroitement de la connaissance de leur clientèle. Le modèle économique qui semble s'établir autour de l'Internet est celui de la publicité. Les sites fonctionnent de plus en plus comme des chaînes de télévision privées qui trouvent leur seule ressource dans la publicité. Bien évidemment, les sites Internet apportent des services tangibles et notamment dans le B to B, mais la valeur de ces sites se mesure essentiellement par leur capitalisation boursière. Or cette capitalisation n'est pas corrélée aux indices classiques de l'économie (bénéfices, taux de profit, etc…), mais plutôt aux pertes des start-up ! En fait, ce que mesure les marchés, ce ne sont pas les profits immédiats, mais plutôt la connaissance très précise des habitudes des clients, et la possibilité de développer un marketing one to one à partir de gigantesques bases de données. Les sites offrent des services apparemment gratuits mais qui en définitive monnayent des fichiers clients hyper ciblés.
La rémunération des sites dépend donc des recettes liées à la publicité. Cette publicité s'appuyant sur la vente d'une connaissance très précise des habitudes des clients.

De ce panorama global de l'e-publicité, J.M. YOLIN dégage six stratégies publicitaires différentes sur le Web dans le style imagé qui est le sien :

La chasse à l'affût : s'afficher sur un portail
La souricière : offrir un accès gratuit à ses clients
La technique du coucou : graver directement votre publicité sur le disque dur de votre prospect
La pêche au chalut : une présence sur une multitude de petits sites
La chasse à courre plus subtile et plus technique mais moins onéreuse : cette stratégie vise à faire apparaître sa publicité au bon moment, quand l'internaute est susceptible d'être intéressé
La chasse en meute : les échanges de bons procédés (Web Ring)


Les intermédiaires ne disparaîtront pas, ils vont changer de forme


Bien que l'Internet permette aux internautes de contourner les intermédiaires qui fonctionnent sur la seule logique du péage, l'incertitude liée à la complexité des offres et la surinformation empêchent les individus d'effectuer des choix rationnels, par conséquent il est nécessaire qu'apparaissent de nouveaux intermédiaires qualifiant l'information, afin de faire émerger un climat de confiance avec comme conséquence la possibilité d'effectuer des choix rationnels dans de bonnes conditions. Autrement dit, ces nouveaux intermédiaires débroussaillent Internet pour faciliter les décisions, clarifier les processus commerciaux et pérenniser l'e-commerce.


Dans un monde complexe, il faut du conseil et de la confiance : la règle des deux CONS !

Comme nous l'avons vu dans le paragraphe précédent, dans un monde en perpétuel changement, il faut que les acteurs économiques puissent se coordonner à partir de points de repères communs. Ce rôle est dévolu aux intermédiaires qui vont apporter du conseil et faire émerger un climat de confiance propice aux affaires.
Bien que la théorie économique nous apprenne que les seuls critères judicieux soient les ratios de profitabilité et la maximisation de la fonction d'utilité et/ou de production, tout ce bel ordonnancement est conditionné par des relations humaines avec par conséquent une part prépondérante du subjectif et du psychologique.
L'histoire nous rappelle que les affaires se sont élaborées à partir de confréries et de guildes de métiers qui reposaient sur un pacte solennel (1), exigeant la solidarité entre les membres, le respect des règles du groupe, tout ceci visant à clôturer la communauté par rapport à l'extérieur.
Le climat de confiance dans les affaires est donc étroitement lié aux relations humaines et aux catalyseurs de "bonnes relations". Par conséquent : "Les intermédiaires garderont un rôle essentiel : ils apportent le capital de confiance qu'ils ont su mériter auprès de leurs clients à l'entreprise nouvelle qui arrive sur le marché. L'acte d'achat implique en effet que le client ait un minimum de confiance dans son fournisseur. La construction et la gestion de cette relation de confiance sont au moins aussi importantes pour le développement d'Internet dans le monde des affaires que la technologie stricto sensu" (2).
De surcroît, dans la société de l'information qui est la nôtre (3), le conseil est rendu encore plus nécessaire à cause de la complexité sociale croissante et de la surcharge informationnelle. Ainsi pour pouvoir prendre des décisions dans des situations qui dépassent de plus en plus les capacités de réflexion de l'honnête homme, il existe deux solutions :

Faire appel à l'expert qui apporte son conseil et permet de rendre raison de cette complexité mais dans un champ de connaissance limité
Ou bien faire travailler ensemble les individus pour qu'émerge une véritable intelligence collective dotée d'une capacité cognitive suffisante, afin d'appréhender la complexité de l'environnement concurrentiel.


La stratégie gagnante pour promouvoir un site : le softselling


Le softselling consiste à éviter une approche commerciale brutale auprès de l'internaute, et donc, à ne pas être le vendeur "sangsue" dont l'exemple typique est celui du concessionnaire automobile américain (c'est le hardselling).
Cette méthode consiste finalement à rendre le site "collant" ou "sticky". Un bon site se mesurant à sa capacité de "coller" l'internaute devant son écran. On parle de "stickiness" du site, sa capacité à "scotcher" le client.
Pour obtenir ce résultat, le site doit enrichir son contenu informationnel et apporter un service de très grande qualité.
Puisque les meta-moteurs, les meta-marchands, et les shopbots (4), permettent de connaître les prix, les services ne vont plus se différencier par les prix mais bien par leur service intrinsèque. A une concurrence par les prix se substitue une concurrence par la valeur ajoutée offert par les services.

Les différentes stratégies de softselling :

Les sites reposant sur l'affectivité des internautes. Ce sont des sites visant l'achat "coup de coeur".
Les sites doivent s'efforcer de connaître avec plus de précision leurs clients plutôt que d'étendre leur part de marché.
Les sites s'adressant à des acheteurs recherchant le meilleur rapport qualité-prix. Ces sites donnent des conseils d'achat, une analyse objective de l'offre du marché, des revues de presse sur un thème, un fonds documentaire, des outils de simulation pour aider le client dans sa décision et des pointeurs vers des sources d'informations pertinentes et de qualité.
Les sites proposant une réponse globale au problème du client.
Les sites proposant de l'information en gros : les courtiers de l'information, la "syndication de contenu".


Deux exemples de succès sur l'Internet : les nouveaux intermédiaires marchands et les courtiers en ligne

De nouvelles méthodes de vente apparaissent sur l'Internet ou remettent au goût du jour de vieilles recettes comme les enchères, mais avec un impact sans commune mesure. En effet, "Internet est un outil extraordinaire de fluidification du marché en offrant pour un coût extrêmement bas de confronter l'offre et la demande. Il permet de se rapprocher ainsi des mécanismes de marché "parfait" dont rêvaient nos économistes" (5). Actuellement, 20% du commerce électronique transite par ces nouveaux intermédiaires marchands. Keenan Vision Inc de San Francisco prévoit 29% en 2002. Sachant que IDC estime le volume mondial des affaires dans le e-business B to B à 1140 milliards de dollars en 2003, les nouveaux intermédiaires représenteraient 331 milliards de dollars en 2003 en supposant que le taux de pénétration de 29% ne changerait pas entre 2002 et 2003, ce qui semble improbable vu le développement exponentiel de ces marchés (6).

Le rapport Yolin établit la typologie suivante des nouveaux intermédiaires marchands :

La vente aux enchères, qui permet de constituer des fichiers clients d'une très grande richesse. La part la plus importante mais la moins visible est celle du B to B. On achète des machines outils, des avions, des véhicules, du pétrole, de l'électricité, des droits à polluer… Selon Forester research les 50 premiers sites de vente aux enchères vont passer d'un volume de vente de 3 milliards de dollars en 1997 à 50 milliards de dollars en 2002.
Les achats aux enchères. Dans ce cas les acheteurs essayent d'obtenir le meilleur prix et les vendeurs effectuent des enchères vers le bas. "Aux Etats Unis General Electric qui réalise deux milliards de dollars par cette voie avec pour objectif de passer rapidement à cinq" (7).
Les enchères inversées. "Dans ce cas c'est le client qui affiche ce qu'il veut acheter et le prix qu'il est prêt à payer : il l'obtient en fonction des propositions que le marchand arrive à obtenir de ses fournisseurs. "Cette technique de vente a pour originalité de créer une opacité des prix au profit du vendeur : il vend au prix auquel chacun des acheteurs est prêt à payer, et deux personnes différentes sont prêtes à payer des prix différents pour un même produit, ce qui lui permet de ne pas avoir à s'aligner sur le prix le plus bas comme pour les enchères normales" Pierre Alzon, patron de Dégriftour (son entreprise travaille également sur ce concept)" (8).
La brocante, la vente de "particulier à particulier" : le "C to C". "Il s'agit là d'offrir à des tiers (particuliers ou entreprises) la possibilité de mettre en vente des objets avec une rémunération à la commission. Un des problèmes est pour l'intermédiaire, véritable tiers de confiance voir www.iescrow.com, d'assurer l'honnêteté des transactions et de fournir au client des éléments d'appréciation sur le vendeur" (9).
Les achats groupés, le we-commerce : les prix baissent en fonction du nombre de clients. Ce sont des communautés d'achat. Plus il y a de membres, plus les prix baissent car cette communauté s'organise comme une centrale d'achat de plus en plus importante. L'intérêt des membres est d'agrandir la communauté pour bénéficier de remises plus importantes. Le marketing viral est une composante indispensable de le promotion du we-commerce.

S'il existe un secteur économique de prédilection dans l'usage d'Internet, c'est bien celui des marchés financiers et plus particulièrement des courtiers en ligne.
Comme préalable, on peut souligner qu'il n'y a rien de bien surprenant dans le formidable développement des bourses électroniques grâce à l'Internet. En effet, l'infrastructure Internet "colle" parfaitement aux marchés financiers, car le réseau permet d'interconnecter un nombre croissant d'agents économiques, de fluidifier les échanges et donc de créer un marché de concurrence parfait.
Ce qui est plus étonnant de constater, c'est le fait que les grands établissements de crédit qui ont subit de plein fouet dans les années 80, le phénomène de libéralisation financière, qui rappelons le, fût le mouvement initiateur de la "mondialisation", n'ont pas été capables de profiter de ce nouveau media favorisant les échanges financiers. Force est de constater, que les établissements de crédit sont des superstructures trop lourdes, entichées de leur prestige qui après avoir subi le premier choc de la désintermédiation financière des années 80, doivent subir un deuxième choc avec la mise en place d'une bourse électronique mondiale autour des nouveaux acteurs que sont les courtiers en ligne. Il est à craindre que ces notables institutions faisant partie de l'establishment disparaissent à cause de leur aveuglement collectif, de leur impossibilité à tenir compte de l'histoire toute récente de la finance, et donc d'être frappées par ce que Bruno MARTINET et Yves-Michel MARTIN appellent l'ignorance profonde (10), c'est-à-dire la non connaissance des besoins informationnels indispensables à la survie d'une entreprise.
Un exemple classique est celui d'IBM, qui dans les années 80 se préoccupait uniquement de gérer sa structure organisationnelle interne délaissant sa clientèle à la concurrence. De la même façon, les grandes banques et les établissements financiers se sont laissés abuser d'une image de puissance grâce à des fusions-acquisitions gigantesques, l'exemple édifiant étant l'affrontement l'année dernière entre la Société Générale et la BNP autour de Paribas. Simultanément, se développaient les courtiers en lignes, les assureurs discounts, les conseillers financiers on line, qui grâce à l'économie des réseaux d'agences ont pu proposer à leurs clients des services à haute valeur ajoutée avec des tarifs très compétitifs.
Cet aveuglement collectif se cristallise dans sa forme la plus avancée, lorsque les entreprises ne se préoccupent plus de leurs clients et de la concurrence mais uniquement de leurs problèmes internes, c'est-à-dire lorsque les agents économiques oublient par habitude, par suffisance, ou par arrogance, la règle la plus élémentaire d'une économie de marché : vendre des produits et/ou services. En effet, dans la société capitaliste le seul critère d'existence est la possession du signe monétaire. Les discussions qui se déroulent actuellement entre les grandes bourses pour fusionner, pourraient être rendues caduques par les bourses électroniques des courtiers en ligne qui sont beaucoup moins coûteuses, travaillent simultanément sur toutes les places financières et sont opérationnelles jusqu'à 23h sur 24.
Les courtiers en ligne "ont déjà capté 22% des transactions du Nasdaq et 6% du NYSE (New York Stock Exchange). Ils viennent de décider d'interconnecter leurs systèmes informatiques pour mieux informer leurs clients" (11). De facto, se met en place une Bourse électronique des "dot com", tandis que les banques et grandes Bourses sont encore à l'étape de la discussion.

Benoît Santiano
Maisons-Alfort, juin 2000



(1) Le lien du sang s'oppose à la société libérale, cette dernière ayant comme ambition d'affranchir tous les hommes et femmes des liens interindividuels aliénants.
(2) YOLIN Jean-Michel, Internet et Entreprise, mirage ou opportunité ?, mise à jour du 15 novembre 1999, p. 68, téléchargement : www.evariste.org/yolin/1999/
(3) Pour une justification de cette hypothèse se référer à : 1) CARTIER Michel, 2005 : La nouvelle société du savoir, www.mmedium.com/dossiers/2005/ 2) DRUKER Peter, Au-delà du Capitalisme, 1993, Paris, Dunod 3) CASTELLS Manuel, La société en réseaux, 1998 (trad. fr.), Paris, Fayard. Cette liste est très loin d'être exhaustive !
(4) Ce sont les agents intelligents qui effectuent des comparaison de prix.
(5) Id., p. 75.
(6) Dans un article des Echos du vendredi 23 juin 2000 (n°18179), Antoine BOUDET cite l'étude de www.bizbots.com qui explique que le nombre d'actions échangées a été multiplié par un million en 150 ans, le même facteur multiplicatif sera atteint en six ans dans le nombre de transactions B to B via Internet.
(7) Id., p. 77.
(8) Id., p. 77.
(9) Id., p. 77.
(10) MARTINET Bruno et MARTI Yves-Michel, L'intelligence économique, les yeux et les oreilles de l'entreprise, Les éditions d'Organisation, Paris, 1995.
(11) YOLIN Jean-Michel, Internet et Entreprise, mirage ou opportunité ?, mise à jour du 15 novembre 1999, p. 134.

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