Accueil
Docs
Photos
Chercher
Moi
Docs
Les heures claires
 
 

C'est un carré blanc situé sur une pelouse verte suspendu dans les airs par des pilotis. En fait, ce n'est pas une simple figure géométrique, mais une machine à habiter en forme de parallélépipède, posé comme cela, sur l'herbe, dans la plus totale simplicité. Pureté des formes qui renvoie à un monde minéral atemporel et universel, au-delà de tous référents. La blancheur des murs fait écho à ce blanc sans couleur que l'on ne trouve nul part.

 
Chacune des façades est percée d'une fente noire longitudinale, capteur de lumière. C'est une machine à dévorer les rayons et les concentrer en dedans. Une bouche noire, énorme, qui avale le soleil. À l'intérieur, tout est inversé. Les barres d'airain deviennent des rampes d'une cristalline transparence d'où flamboient des incandescences lumineuses.
 

Focaliser les rayons mais aussi les amplifier. Ce blanc décliné partout sur les murs, démultiplie l'intensité du jour, remplissant le bâtiment d'énergie solaire. Tout est gros d'une épure géométrique et lumineuse, jusqu'à ce que l'espace en devienne compact et inaltérable.

Son cœur est habité d'un jardin suspendu. Le parallélépipède devient alors une reproduction de l'Eden ramassé dans l'espace d'un toit-terrasse.

 
 
Cette boite parfaite est ouverte par le dessus, comme pour mieux respirer. Ainsi, les bandeaux des façades et l'ouverture rectangulaire d'un espace sans toit, permettent à l'élément aérien et celui du feu, de circuler harmonieusement. Par ces ouvertures, tout respire, et les frontières entre l'intérieur et l'extérieur disparaissent. Les murs ne sont plus des séparations mais des ouvertures.
 
Cette respiration horizontale ouverte sur l'extérieur se complète d'une respiration verticale fermée sur l'intérieur. Selon cet axe, les fluides circulent à travers un escalier à vis et une rampe en pente douce.
 
L'escalier lové au cœur de la matrice est un alambic étroit, donnant accès à des niveaux différents d'intensité lumineuse et de révélation. Du rez-de-chaussée au toit-terrasse, et du toit-terrasse au solarium, on passe des tuyauteries de l'ombre à la vie tamisée du quotidien, pour finalement se déployer de tout son être dans un bain de lumière aveuglant.
À l'ardeur verticale de l'escalier, répond la douce oblicité de la rampe. Elle accompagne tel un tuteur indéfectible, le visiteur qui se déplace. Elle soutient plutôt qu'elle n'oriente vers. C'est une sorte de tapis roulant, qui imperceptiblement entraîne là où il souhaite conduire.
 

Au sommet du parallélépipède : le solarium. Dans ce four, les rayons se réfléchissent et se concentrent. Le foyer devient alors un phare de lumière éclairant l'édifice.

 
 

Maintenant, il faut s'arrêter. Stopper le cours des choses futiles qui papillonnent dans une déperdition d'énergie permanente, et boire du regard jusqu'à cru cette beauté ici présente. Se poser là, sur l'herbe, dans la plus totale simplicité, et devenir nous-mêmes des maisons habitées.

Benoît Santiano
Colombes, 9-11 septembre 2004.


Photos de la villa Savoye.


www.santiano.net
Benoît Santiano, on the Internet since 2000
Free Document Dissemination Licence